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Vascoeuil : Le trait absolu de Pierre-Yves Trémois de retour en Normandie

Cinquante ans après sa première exposition majeure au Château de Vascoeuil, l’œuvre du célèbre peintre-graveur et académicien Pierre-Yves Trémois (1921-2020) fait un retour magistral. Conçue par le commissaire d’exposition Yvan Brohard, cette rétrospective célèbre la puissance d'un graphisme pur et l'audace d'un érotisme souverain.


Le vernissage de la 57ème saison culturelle du Château de Vascoeuil, qui s’est tenu ce samedi 30 mai, avait une saveur toute particulière. Dans la foule des admirateurs, on notait la présence très remarquée de Catherine Trémois, épouse et gardienne de la mémoire de l’artiste, venue entourer le commissaire Yvan Brohard pour le lancement officiel de cet hommage national. Pour Vascoeuil, l'événement résonne comme une promesse de fidélité : en 1976, le fondateur du centre d'art, Maître François Papillard, avait déjà offert les murs du château au « fou du trait ». Une complicité née à l'époque grâce au réseau de la Galerie Maurice Garnier et de Bernard Buffet, et que perpétue aujourd'hui sa fille, Marie-Laure Papillard.

L’union des corps et le grand voyage du vivant

Dès l’entrée, le ton est donné par le déploiement de pièces monumentales et de grands formats spectaculaires. La première salle du rez-de-chaussée saisit le regard par ses confrontations historiques directes : Trémois y dialogue avec les grands maîtres, livrant de vibrants hommages à Lucas Cranach ou réinterprétant Olympia de Manet.

Plus loin, le public découvre ses célèbres nus entrelacés, où les corps amoureux fusionnent graphiquement avec un bestiaire d'insectes et de libellules, ponctués de textes calligraphiés. Le trait est d’une netteté chirurgicale, sans ombre ni repentir. Lors de son allocution, Marie-Laure Papillard a d'ailleurs salué la force de ces œuvres impudiques, y voyant une liberté artistique bienvenue face à une certaine pudibonderie actuelle. Chez Trémois, la nudité n’est jamais coupable ; elle est une force cosmique, sobre et intemporelle.

Cette quête esthétique explore également l’effacement des frontières entre l’humain et le règne animal. Nourri par l'art préhistorique, la tradition japonaise et une fascination pour la biologie, Trémois s’attache à fusionner les anatomies. Dans les monumentaux fusains et huiles présentés — tels que Le Singe et l'homme IV (1982) ou le poignant Voici l'homme III (1992) —, l'homme adopte des postures de prédateur tandis que le singe revêt une expression de sagesse intensément humaine. L’homme et l’animal partagent la même tension dramatique et une énergie vitale identique.

L’intimité du geste à l’étage

En gravissant l'escalier du château, le parcours change d'échelle pour pénétrer dans l'intimité technique de l'académicien, élu à l'Institut en 1978. L'étage dévoile une collection remarquable de monotypes, de gravures fines, mais surtout de médailles et d'objets d'orfèvrerie où la précision de la main relève de la haute voltige.

On y admire l'expression tridimensionnelle de son graphisme à travers des bronzes polis saisissants de lumière, à l'image de Turbot, Genèse (1977), ou de créations philosophiques comme Le singe savant (1994) et l'Hommage à Jules Verne. Dans le parc du château, où veillent déjà les sculptures permanentes de Dalí ou Vasarely, les volumes de Trémois trouvent leur place naturelle.

En apothéose : Le sacré au pigeonnier

Le parcours réserve un dernier choc esthétique hors des murs du château, en s'invitant dans le grand pigeonnier du XVIIe siècle. C'est dans cet écrin de briques et de charpente historique qu'a été installée La Passion (2011), une œuvre religieuse monumentale d'une ferveur graphique saisissante. Ce dialogue final entre la rigueur sacrée du sujet et l'architecture traditionnelle normande démontre que le trait de Trémois sait aussi s'élever vers le spirituel avec force.

Jusqu'au 4 octobre, Vascoeuil offre bien plus qu'une simple exposition : une immersion dans un univers esthétique pur et souverain, où la ligne noire devient le miroir essentiel de nos propres origines.

Informations pratiques :

  • Exposition : Hommage au peintre-graveur Pierre-Yves Trémois, Château de Vascoeuil (Eure).

  • Dates : Jusqu'au 4 octobre 2026.

  • Horaires : Du mercredi au dimanche de 14h30 à 17h30 (et tous les jours en juillet et août de 11h à 18h).


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