top of page

L’art au cœur du terroir : Hermine Bouvier bouscule la Project Room du SHED

Vue de l'exposition "À la grève" d'Hermine Bouvier au SHED, juin 2026
Vue de l'exposition "À la grève" d'Hermine Bouvier au SHED, juin 2026

Par sa nature brute et ses résonances profondément rurales, l’exposition d'Hermine Bouvier à la Project Room du SHED (La Maison à Maromme) se découvre cet été, du 28 juin au 27 juillet 2026. Diplômée de l'ÉSADHaR , l'artiste y déploie un univers plastique « situé » qui puise sa matière première et ses récits dans la terre normande.


La campagne à fleur de peau

Originaire d'Anneville-Ambourville, où sa famille gère un élevage de vaches allaitantes, Hermine Bouvier n'utilise pas la ruralité comme un simple décor, mais comme la matrice même de son geste artistique. C'est dans la boucle de la Seine qu'elle puise la matière brute de ses œuvres et le scénario de ses performances.

Cette dimension terrienne s'incarne de façon spectaculaire dans l'installation centrale qui donne son titre à l'exposition : À la grève (2026). L'œuvre frappe d'abord par sa dimension charnelle et organique. Au sol, l'artiste reconstitue une véritable mare de ferme. Point de fumier ici — dont l'odeur aurait été trop oppressive —, mais un compost noir issu du recyclage des déchetteries locales, mêlé à du sable, de la mousse, des briques, des chardons et des bardanes. L'art s'invite ici par le bas, et l'odeur de la terre humide accueille le visiteur dès le seuil, collant littéralement aux semelles.


Le corps comme outil de court-circuit

La force d’Hermine Bouvier réside dans sa capacité à opérer des collages sémantiques audacieux, faisant cohabiter « les gros tas de merde et du beau ». Ses références fermières récurrentes — qu'il s'agisse de poser nue au milieu des poules et des bêtes dans la monumentale photographie A Capella ou d'exposer son lit de paille lors du Rouen National Art — résonnent comme de puissants gestes de réappropriation.

Dans ses images, le soin apporté aux corps féminins (huilés, poudrés) rappelle la préparation des bêtes pour les foires aux bestiaux , traçant un parallèle audacieux entre la condition animale et l'invisibilisation historique des femmes. Ce miroir tendu trouve son point d'orgue dans la pièce LULU & MIMINE (2026), où les portraits de l’artiste et de sa cousine s'accompagnent de véritables boucles d'immatriculation d'élevage portant leurs surnoms et des codes-barres.


Les secrets enfouis du puits

L’exposition réactive également la mémoire des secrets de la culture populaire. Avec l'œuvre Faire un vœu (2026), un puits sculpté en carton-pâte et vraie mitraille réalisé avec Malo Le Faucheux , Bouvier convoque la tradition rurale des puits à souhaits ou le destin tragique des portées de chatons indésirables que l'on y jetait.

Mais par sa présence brute, l'installation dépasse le cadre de l'intention initiale de l'artiste pour réveiller chez le regardeur des résonances plus sombres. Pour le public familier de la campagne, ce puits devient le miroir de drames silencieux et de mémoires douloureuses — évoquant ces destins brisés et ces désespoirs ruraux qui traversent l'œuvre de Maupassant (on songe à Rose, la servante de l'Histoire d'une fille de ferme, prête à se détruire au bord du puits). Par projection, la sculpture se fait le réceptacle des non-dits historiques de la terre normande.

En ouvrant grand les portes de son univers sans fard ni voyeurisme , Hermine Bouvier signe au SHED une proposition artistique audacieuse, vibrante d'une énergie joyeuse mais habitée par la gravité des souvenirs collectifs. Une traversée sensorielle et mémorielle dont on ne sort pas tout à fait indemne.




Commentaires


Pour tous renseignements sur les ateliers de la Villa Vogue

Tel 02 35 71 73 77

38 Rue Étoupée, Rouen, France

Abonnez-vous à notre liste de diffusion

Merci de vous être abonné !

bottom of page